J’émergeai de l’eau, le souffle court et le crâne complètement vide. La peur m’envahit, je ne connaissais pas cet endroit hostile et repoussant. Une eau usée où flottaient de nombreux débris de métaux rouillés m’entourait, et l’ouverture, de forme concentrique, me sembla être la terminaison d’un tunnel qui s’étendait sous moi. Une structure métallique sombre s’élevait devant et derrière moi, ajoutant à l’impression de cage aquatique du lieu.
Je réussis tant bien que mal à gravir l’armature qui n’avait rien d’accueillant. Je pus néanmoins apprécier le fait de quitter cette mare huileuse dans laquelle je me trouvais précédemment. Maintenant hors de l’eau, j’explorai du regard les environs, ignorant toujours comment j’avais atterri ici. Je ne gardais même aucun souvenir du dernier endroit où je m’étais tenu avant d'être enfermé dans cette caverne cauchemardesque. Car il s’agissait bien de cela. Je distinguai que les parois internes et le plafond, de ce qui me faisait maintenant pensé à une usine souterraine, reflétaient la rare lumière comme seul un mur parfaitement lisse le permettait. De nombreux petits ilots, pareils à celui où je me tenais, jaillissaient de l’eau sombre comme autant d’arbres peuplant un marécage.
Au désespoir, ressentant une vive incompréhension, j’aperçus finalement une lueur salvatrice qui ne pouvait venir que d’une ouverture dans le plafond. Je croyais même apercevoir une tige de métal de la structure qui s’élevait directement sous le trou. Même si je m’étais juré de ne pas retourner dans cette eau putride d’aucune façon, le seul choix qui s’offrait à présent à moi pour parvenir à sortir de la caverne m’obligeais à y retourner pour atteindre l’autre construction.
J’essayai de me souvenir si je savais nager, mais n’y parvins pas. Je me rendis compte que je ne savais que bien peu de chose à mon propos. D’où venais-je? Quel était mon nom? À quoi ressemblai-je? Rien. Je ne pouvais me rattacher à aucun souvenir.
Mon amnésie ne m’empêchait pas d’avoir un but fixe : sortir de cette grotte qui pesait sur moi. Peut-être incarnait-elle la cause de la disparition de mes souvenirs, détraquant d’une manière ou d’une autre mon flot de pensées.
Je connus un instant de panique en retrouvant l’eau visqueuse alors que je m’enfonçais de plus en plus creux, ne sachant que faire pour me maintenir hors de l’eau. Puis, comme si mon corps tout entier se rappelait l’activité, mes membres se firent aller naturellement et efficacement, et je me dirigeai aussi vite que possible vers mon objectif.
Je parvins finalement à la bonne structure d’acier, dégouté de toutes mes forces d’avoir baigné dans ce cocktail infect. Le dégout me procura pourtant la force nécessaire pour me hisser une fois de plus hors de l’eau. Je me mis aussitôt à grimper vivement vers le sommet, curieux de voir ce qui m’attendait.
L’issu se révéla à peine assez large pour laisser passer mon corps, mais j’étais prêt à m’érafler les épaules et les hanches pour sortir de ce trou. Je parvins enfin à l’extérieur où un vent chaud m’enveloppa alors que la vive lumière du soleil m’obligeais à baisser le regard. Je remarquai aussitôt que je me tenais sur une plaine gazonneuse bien tondue de forme rectangulaire qu’une forêt délimitait. J’estimai que cette forme géométrique couvrait la même superficie que la cave qui s’étendait sous mes pieds.
Je marchai vers le soleil, me dirigeant vers la forêt accueillante. Mais juste avant d’y parvenir, une petite flaque d’eau attira mon attention : je pourrais alors m’y mirer avec l’espoir qu’en me voyant, certains souvenirs allaient me revenir à l’esprit.
Ma découverte me fit plier l’échine : mon visage revêtait un aspect entièrement métallique, tandis que deux yeux d’un vert lumineux me fixait, incrédule. Mon crâne, aussi lisse qu’un œuf, était complètement chauve. Je levai alors les bras, et vit avec horreur qu’ils étaient faits du même métal que mon visage; une sorte d’acier bleuté. Mes doigts, longs et effilés, confirmèrent ma nature robotique. Mais pourtant, je me sentais humain.