jeudi, octobre 22, 2009

Les temps modernes

Le travail est reconnu par la vaste majorité comme étant la nourriture de l’âme. Que serions-nous, que ferions-nous sans toutes ces tâches, qui quotidiennement nous occupent toujours, nous accablent souvent, et nous excitent, parfois. Le paradoxe, et la tragédie, se dresse au centre même de cette balance, où l’on retrouve dans un plateau l’ennui et dans l’autre le labeur. Pourquoi est-il que le plateau du labeur dans nos sociétés modernes pèse si lourd qu’il endommage mollement la table sur laquelle il est posé, alors que l’ennui, grand négligé, aussi léger que l’air devant nos valeurs sociétaires, flotte librement sans que personne ne daigne le soutenir.

Ignorer l’ennui donc, et même le fuir comme s’il s’agissait de la mort de l’âme, de la fin des pensées, alors que tout au contraire, le travail, à l’autre extrémité, ne pourrait-il pas être accusé de ces tares? L’ennui n’encourage-t-il pas l’esprit d’initiative, l’imagination, l’inspiration, la création?

Alors pourquoi ressent-on une fierté quand on déclare :

- Je travaille!

Et une honte morbide quand, confronté à soi-même, on y va du désespérant :

- Je m’ennuie…

Pour compléter le paradoxe, j’affirmerai pour ma part :

- Le travail, quel ennui!

dimanche, juillet 26, 2009

Robotique

J’émergeai de l’eau, le souffle court et le crâne complètement vide. La peur m’envahit, je ne connaissais pas cet endroit hostile et repoussant. Une eau usée où flottaient de nombreux débris de métaux rouillés m’entourait, et l’ouverture, de forme concentrique, me sembla être la terminaison d’un tunnel qui s’étendait sous moi. Une structure métallique sombre s’élevait devant et derrière moi, ajoutant à l’impression de cage aquatique du lieu.

Je réussis tant bien que mal à gravir l’armature qui n’avait rien d’accueillant. Je pus néanmoins apprécier le fait de quitter cette mare huileuse dans laquelle je me trouvais précédemment. Maintenant hors de l’eau, j’explorai du regard les environs, ignorant toujours comment j’avais atterri ici. Je ne gardais même aucun souvenir du dernier endroit où je m’étais tenu avant d'être enfermé dans cette caverne cauchemardesque. Car il s’agissait bien de cela. Je distinguai que les parois internes et le plafond, de ce qui me faisait maintenant pensé à une usine souterraine, reflétaient la rare lumière comme seul un mur parfaitement lisse le permettait. De nombreux petits ilots, pareils à celui où je me tenais, jaillissaient de l’eau sombre comme autant d’arbres peuplant un marécage.

Au désespoir, ressentant une vive incompréhension, j’aperçus finalement une lueur salvatrice qui ne pouvait venir que d’une ouverture dans le plafond. Je croyais même apercevoir une tige de métal de la structure qui s’élevait directement sous le trou. Même si je m’étais juré de ne pas retourner dans cette eau putride d’aucune façon, le seul choix qui s’offrait à présent à moi pour parvenir à sortir de la caverne m’obligeais à y retourner pour atteindre l’autre construction.

J’essayai de me souvenir si je savais nager, mais n’y parvins pas. Je me rendis compte que je ne savais que bien peu de chose à mon propos. D’où venais-je? Quel était mon nom? À quoi ressemblai-je? Rien. Je ne pouvais me rattacher à aucun souvenir.

Mon amnésie ne m’empêchait pas d’avoir un but fixe : sortir de cette grotte qui pesait sur moi. Peut-être incarnait-elle la cause de la disparition de mes souvenirs, détraquant d’une manière ou d’une autre mon flot de pensées.

Je connus un instant de panique en retrouvant l’eau visqueuse alors que je m’enfonçais de plus en plus creux, ne sachant que faire pour me maintenir hors de l’eau. Puis, comme si mon corps tout entier se rappelait l’activité, mes membres se firent aller naturellement et efficacement, et je me dirigeai aussi vite que possible vers mon objectif.

Je parvins finalement à la bonne structure d’acier, dégouté de toutes mes forces d’avoir baigné dans ce cocktail infect. Le dégout me procura pourtant la force nécessaire pour me hisser une fois de plus hors de l’eau. Je me mis aussitôt à grimper vivement vers le sommet, curieux de voir ce qui m’attendait.

L’issu se révéla à peine assez large pour laisser passer mon corps, mais j’étais prêt à m’érafler les épaules et les hanches pour sortir de ce trou. Je parvins enfin à l’extérieur où un vent chaud m’enveloppa alors que la vive lumière du soleil m’obligeais à baisser le regard. Je remarquai aussitôt que je me tenais sur une plaine gazonneuse bien tondue de forme rectangulaire qu’une forêt délimitait. J’estimai que cette forme géométrique couvrait la même superficie que la cave qui s’étendait sous mes pieds.

Je marchai vers le soleil, me dirigeant vers la forêt accueillante. Mais juste avant d’y parvenir, une petite flaque d’eau attira mon attention : je pourrais alors m’y mirer avec l’espoir qu’en me voyant, certains souvenirs allaient me revenir à l’esprit.

Ma découverte me fit plier l’échine : mon visage revêtait un aspect entièrement métallique, tandis que deux yeux d’un vert lumineux me fixait, incrédule. Mon crâne, aussi lisse qu’un œuf, était complètement chauve. Je levai alors les bras, et vit avec horreur qu’ils étaient faits du même métal que mon visage; une sorte d’acier bleuté. Mes doigts, longs et effilés, confirmèrent ma nature robotique. Mais pourtant, je me sentais humain.

mercredi, juillet 08, 2009

Leçon de géométrie

Le cube, pourrait-on avancer, constitue le prisme le plus parfait d’entre tous. Certains argumenteront qu’il n’en ait rien : la base de toute vie découle de la sphère. D’autres exprimeront leurs préférences pour la pyramide à base carré, pleine d’une énergie dissimulée à tous, sauf aux anciens, bien entendu.

Mais je maintien mon vote. Le cube, avec ses angles droits et ses surfaces planes parallèles, ne peut que correspondre à la perfection. Et si je proposais à quelqu’un de vivre à l’intérieur d’un cube, sans aucun doute, il exprimerait une vive crainte : « Non! Cela serait de vivre comme dans une prison! ». Et bien, mon cher, les maisons ne ressemblent-elles pas toutes à un cube, bien que souvent imparfait : un prisme rectangulaire, cousin de l’autre?

Le matin, je sors de mon cube et flotte quelque temps sur la surface d’une sphère qui n’en parait pas une. Puis, je pénètre dans un immense prisme rectangulaire pour finalement m’installer dans mon cube personnel. Mon cube à moi. Je me sens bien, protéger des autres et de leur violence. Seul, je n'ai que ma petite fenêtre sur le monde

Et la folie, que les parois solides repoussaient jusqu'alors, s’immisce chaque jour un peu davantage par les interstices de mon cube. Une fois à l’intérieur, on ne peut s’en débarrasser. Les pensées s’envolent alors, annulées par ces murs qui se font faces. Je me trouve au centre d’un aimant, un endroit neutre de toute polarité, ou le temps ne fait que filer, sans qu’il ne soit accompagné de son compagnon de toujours : l’évolution.

Ainsi donc, je dévolue dans mon cube? Si seulement. Je n’ai pas même droit à la charge négative de la vie, source de création.

Dans mon cube, j’attends.

mardi, juillet 07, 2009

L'ombre

Une ombre passe rapidement devant l’escalier. Mes yeux tentent de suivre l’apparition, mais elle s’évapore prestement. Un simple mouvement furtif perçu en hâte à la périphérie de mes yeux. M’avançant pour tenter d’apercevoir un objet, un animal, une personne qui aurait pu causer cette ombre, une vague impression s’installe dans le creux de mon ventre, m’indiquant que je ne trouverais rien ici. Mais alors, qu’est-ce qui a bien pu obstruer momentanément la lumière du soleil plombant?


L’air, alourdi par la chaleur intense de l’après-midi, m’apparaît flou lorsque je dirige mon regard vers le vaste horizon désertique, qui s’étend au-delà du proche du petit hall où je me tiens. Cette ombre, qui m’a tiré d’un sommeil léger, pourrait bien être une simple illusion, causé par cette chaleur insoutenable. Si seulement je n’avais pas l’étrange intuition, la certitude, que quelque chose d’inaccoutumé est venu troubler ma sieste quotidienne.


Je décide de gravir le petit escalier. Peut-être trouverai-je quelque réponse à mes questions au sommet de celui-ci. Le béton, bien que peint en blanc, arbore depuis longtemps une couleur ocre laissé par le sable envahissant. Je sens sous la plante de mes pieds les petits grains de sable qui s’accroche à ma peau, qui érafle le béton, peu à peu. Arrivé au sommet, la lumière inonde mon champ de vision et je dois plier l’échine, par obligation et par respect pour l’astre du jour.


Parcourant la toiture de long en large, je n’arrive pas à trouver la trace de cette ombre fugace qui hante à présent mes pensées. Et si ce n'était qu'une hallucination ? Peut-être la solitude, en plein désert, m’a finalement privé de ma raison.


Je me dis alors sottement que l’idée de partir à la recherche d’une ombre en ces lieux ouverts et luminescents tient de l’absurde. Puis je me souviens qu’il n’y a pas d’ombre sans lumière.


Je tente de me convaincre que ce n’était rien, que j’ai tout rêvé, avant même d’émerger du sommeil, mais le sentiment s’incruste. Cette ombre me bouleverse sans que je puisse dire pourquoi. Dans le court laps de temps où je l’ai aperçu, je n’ai pu manquer l’expression de grande souffrance qui fusait de cette forme allongée et perturbante. Mais il y a plus, quelque chose qui me m’incommode tel une écharde invisible au creux de la main. Aussi ridicule que cela puisse paraître, je ressens l’envie de venir en aide à cette entité, qui, il me semble, tentait de me dire quelque chose, de faire passer un message.


Je poursuis mes recherches, en vain. J’erre à travers le toit et le balcon adjacent, ne ressentant plus même la brûlure du soleil. Je décide enfin de redescendre à l’étage inférieur pour méditer sur cet épisode dérangeant. Au bas de l’escalier, je suis déconcerté de voir mon propre corps, toujours appuyé contre le mur en position assise, le menton tombant sur la poitrine d’un lourd sommeil.


Désemparé, j’abaisse les yeux sur mes jambes, mes bras. Mais mon regard ne rencontre qu’une ombre opaque.

samedi, novembre 03, 2007

L'innocence

Le temps était spécialement clément en cette fin de mois d'octobre. Le contraste de ce souffle chaud qu'amenait un bon vent et le spectacle de la nature morte, qu'offrait la végétation parsemée de la ville, faisait naître en chacun un sentiment d'irréalité et d'étrangeté. Chez les plus jeunes, mais aussi chez certains "Grands" encore quelque peu sensible à l'émerveillement enfantin, une forte émotion d'excitation frivole était presque palpable.

Le petit garçon attendait ses copains, étentdu sur la pelouse devant sa demeure. Il se laissait bercer par la gamme d'émotions qu'apportait, chaque année, ce mois d'octobre, plein de mystère et de magie.

Ses voisins arrivèrent en courant et, tous, laissaient libre cours à leur fébrilité contagieuse. Ils décidèrent, presque naturellement, du jeu qui occuperait leur après-midi grâce à l'imagination commune qui dictait chacune des nouvelles règles, tous plus folles que les autres. Joueraient-ils encore aux citrouilles et aux sorcières ou opteraient-ils plutôt pour un monde de morts-vivants, où étaient à l'honneur vampires et zombies?

Le jeune enfant se retrouva du côté des buveurs de sang, qu'ils aimaient particulièrement. Il se sentait fort et invincible lorsqu'il incarnait ce monstre aux longues dents. Ce rôle ne l'empêcha pas de quitter ce monde qu'il ne comprenait pas encore. Peut-être en savait-il tout, au contraire.

Le bruit aigu et sec des pneus sur la chaussée ne lui parvint que trop tard et il ne sut jamais rien de ce jeune homme, qu'il aurait lui-même pu devenir. L'adolescent, - à peine sorti de l'enfance - au volant d'un jouet qui n'en était pas un, venait de mettre fin aux plaisirs innocents d'un gamin profitant des douceurs de l'automne...

dimanche, octobre 21, 2007

Naïveté de jeunesse

La lumière m'oblige à fermer les paupières lorsque je sors à la rencontre de ce dimanche après-midi d'une perfection absolue. Les rayons du soleil éclatent en d'innombrables arcs de couleurs à l'instant où ils pénètrent le verre de mes lunettes.

Pourquoi n'irais-je pas dans un parc quelconque écouter le son pacificateur des feuilles rugueuses, presque morte, qui tentent de résister un jour de plus à ce vent automnale si tiède et si doux? Avant d'en arriver au chemin bordé d'arbres énormes, semblables à une rangée de colosses levant leurs armes au-dessus des penseurs et seigneurs qu'ils protègent, j'aperçois, qui descend du bus, une dame. Elle pourrait être sorti de ce même engin, dans les mêmes circonstances, quelques cinquantes années plus tôt, là où sa jeunesse l'attend, enfouie à jamais. Elle revêt sa robe rouge du dimanche. Nul doute; elle arrive tout droit de la grande assemblée dominicale, aujourd'hui si terne.

Ma surprise est grande alors que je la regarde s'arrêter devant un bar si morne et si sombre, si dénué de vie en ce bel après-midi. Mais, la dame sourit. Peut-être devant de vieux souvenirs qu'elle seule garde en mémoire, sous ce chapeau fleuri.

Je remarque son hésitation, comme pris par cet embarras de jeune fille. Elle avance, maintenant, sans savoir qu'il ne reste que des machines et des fantômes dans ce lieux de désillusion...

mardi, octobre 02, 2007

Police et Voleurs

Refusant le retour à la réalité que me proposait le fameux "il est présentement neuf heures" suivit du non moins célèbre slogan " Écoutez, pour voir", je décidai plutôt de me contenter des sons et des images que m'offraient mon subconscient au pays de Morphée.

Sachant que je n'avais que neuf minutes de répis face à cet infatiguable ennemi qui se nomme "la vie", je ne perdis pas un instant et me retrouvai aussitôt plongé dans un atmosphère bien connu: mon enfance.

Je me trouvais pour cette fois parmi les voleurs. La partie ne faisait que commencer quand deux de mes collègues criminels et moi furent pris en chasse par un agent de la Force. Heureusement, je connaissais bien le terrain et je n'eu aucune peine à semer mon poursuivant en optant pour la ruse, c'est-à-dire avec l'aide du petit labyrinthe de cèdre de mon voisin d'en face. Le mal était fait, je l'avais lancer sur les talons de mes partenaires. Mais, après tout, n'était-ce pas chacun pour soi dans le monde criminalisé?

Il me fallut ensuite courir le risque d'être pris pour cible en traversant la rue, à découvert, afin d'atteindre un lieu sûr, une cachette qui n'était connue que de moi. Je m'étendis sous les longues branches de l'énorme pin qui grandissait chez ce voisin inconnu depuis des temps immémoriaux, pour la mémoire de mes sept longues années. Couché confortablement sur ce tapis épineux, je me sentais en sécurité, apercevant l'action de cette petite guerre de rue en toute première loge. Je me laissais aussi l'option d'intervenir par surprise, en dernier recours. Je ne vins par contre à la rescousse d'aucun, ce soir-là. Je préférais ne pas divulguer l'entrée secrète de ce bunker imprenable.

Je me réveillai en sursaut, encore drogué par les toxines du sommeil et croyant que je m'étais assoupi sur un lit d'aiguilles odorantes. C'est à ce moment que j'entendis à la radio que la police birmane avait ouvert le feu sur les civiles faisant quatre morts. Je préférais encore nos jeux d'enfants...